IA & outils
Un an de blog builder : ce que j'ai appris, ce qui vient
12 mois, 12 articles, 4 projets. Bilan honnête de cette année de documentation publique — les surprises, les galères, et la suite.
Le premier article
Octobre 2026. J'ouvre un fichier vide dans VS Code et je tape le titre : "Pourquoi je construis à La Réunion." Je n'ai pas de stratégie éditoriale, pas de calendrier de publication validé par un head of content, pas de persona cible défini dans un deck PowerPoint. J'ai juste une envie : raconter ce que je fais, pourquoi je le fais, et comment je le fais.
Le blog existe sur merwan.io depuis un moment, mais il n'avait pas de direction claire. Des articles sur le cold mailing, un comparatif Netlify vs Vercel, un tuto N8N. Des contenus utiles, mais éparpillés. Pas de fil rouge, pas de voix, pas de raison d'y revenir.
En octobre 2026, j'ai décidé de tout reprendre. De transformer ce blog en carnet de builder — un journal personnel où je documente la construction de mes projets web, les décisions que je prends, les erreurs que je fais, et les leçons que j'en tire. Un article par mois. Pendant un an.
Un an plus tard, voici le bilan.
Les chiffres
12 articles publiés. Un par mois, sans exception. Certains écrits en une après-midi d'inspiration. D'autres arrachés sur trois week-ends de doute. Mais la régularité tenue.
3 piliers couverts :
- Construire — les coulisses techniques et produit de mes projets
- Commercialiser — acquisition, terrain, business model sur un petit marché
- IA & outils — comment je travaille avec Claude, mon setup, mes process
4 projets documentés : Kala (location de matos outdoor), MafateRésa (réservation de gîtes à Mafate), Babines (repas frais pour chiens, arrêté), Zinfluence (marketplace influenceurs, en cours).
Le mot count total dépasse les 35 000 mots. C'est l'équivalent d'un petit livre. Je n'avais pas prévu ça.
Pourquoi j'ai commencé (la vraie raison)
La raison officielle : documenter pour partager, aider ceux qui veulent construire aussi, contribuer à la communauté des builders indépendants.
La vraie raison : me forcer à réfléchir.
Quand tu construis des projets en solo, tu prends des dizaines de décisions par jour. Quelle stack ? Quel business model ? Quel pricing ? Quand lancer ? Quand pivoter ? Quand arrêter ? La plupart de ces décisions sont prises à l'instinct, dans le flow du travail. Rarement documentées, encore plus rarement questionnées.
Écrire un article sur une décision — comme "Quand j'ai arrêté Babines" — m'oblige à déplier le raisonnement. À expliciter ce qui était implicite. À distinguer ce que je savais de ce que je croyais savoir. L'écriture est un outil de pensée, pas juste de communication.
L'article sur Babines, par exemple. En le vivant, l'arrêt du projet était un mélange confus d'épuisement, de calcul et d'émotion. En l'écrivant, j'ai isolé cinq leçons claires. La distinction entre valider le produit et valider le business. Le coût d'opportunité. L'attachement émotionnel comme piège. Ces idées existaient dans ma tête, mais floues. L'écriture les a cristallisées.
Ce que l'exercice a changé
Dans ma façon de construire
Savoir que je vais documenter un projet change la façon dont je le mène. Je prends plus de notes en temps réel. Je garde les verbatims clients. Je note les décisions importantes et leurs raisons. Pas pour l'article — pour la rigueur que la perspective de l'article impose.
Quand j'ai lancé la stratégie Google Ads pour Kala, j'ai documenté chaque étape : le choix des mots-clés, les CPC, les taux de conversion, les ajustements. Parce que je savais qu'un jour, je transformerais ça en article. Cette documentation m'a aussi servi à optimiser les campagnes — en relisant mes notes de la semaine 1, j'ai repéré des patterns que j'aurais ratés autrement.
Dans ma façon de communiquer
Écrire régulièrement m'a rendu meilleur en communication. Les emails aux gérants de gîtes sont plus clairs. Les descriptions de features pour Claude sont plus précises. Même mes conversations avec les bêta-testeurs ont gagné en structure.
C'est un effet secondaire que je n'avais pas anticipé. L'écriture est un exercice de clarté, et la clarté déborde sur tout le reste.
Dans mon réseau
Les articles ont créé des connexions que je n'aurais pas eues autrement. Des freelances réunionnais qui se reconnaissent dans les contraintes du petit marché. Des builders métropolitains curieux du modèle insulaire. Des entrepreneurs de Mayotte, de Guadeloupe, de Polynésie qui font face aux mêmes problématiques d'isolement géographique.
Certaines de ces connexions ont mené à des collaborations concrètes. Un développeur de Maurice qui m'a aidé à débugger un problème Supabase. Un growth marketer de Martinique qui a adapté ma stratégie terrain à son marché. Ce n'est pas du networking — c'est de la reconnaissance mutuelle entre gens qui construisent dans des conditions similaires.
Les articles qui ont le plus résonné
"Quand j'ai arrêté Babines"
De loin l'article le plus lu et le plus partagé. Les gens adorent les histoires de succès. Mais ils se reconnaissent dans les histoires d'échec — ou plutôt d'arrêt, parce que je refuse le mot "échec" pour Babines.
Le nombre de messages que j'ai reçus de gens qui hésitaient à arrêter un projet m'a surpris. "Merci, j'avais besoin de lire ça." "Tu m'as aidé à prendre la décision." L'honnêteté sur les difficultés résonne plus que les tutoriels techniques. Beaucoup plus.
"Lancer un produit sur une île"
Les territoires ultramarins sont un angle mort de l'écosystème tech français. Quand quelqu'un écrit sur les contraintes spécifiques de ces marchés — l'isolement, les coûts de fret, l'absence des grands acteurs — ça attire l'attention. Parce que personne d'autre n'en parle.
"Acquisition terrain à La Réunion"
Les affiches dans les toilettes. Le tour des îlets. Le gâteau patate de Saint-Paul. Ces anecdotes concrètes, ancrées dans un territoire, touchent plus que n'importe quelle stratégie d'acquisition abstracte. Les gens veulent du vrai, pas du framework.
Les articles les moins lus (et pourquoi)
"Supabase + Next.js"
L'article le plus technique. Bien reçu par les développeurs qui me suivent, mais audience limitée. Normal — c'est un article de niche dans une niche. Quelqu'un qui cherche un comparatif de stack a des dizaines de ressources en anglais. Mon angle (stack pour solopreneur builder sur un petit marché) est trop spécifique pour générer du volume.
Je ne regrette pas de l'avoir écrit. C'est une référence que je partage quand quelqu'un me demande "quelle stack pour un side project ?". Mais si l'objectif était le trafic, c'est raté. L'objectif n'a jamais été le trafic.
"Setup IA pour gérer 4 projets"
Trop tourné vers l'outillage. Les gens veulent savoir comment je réfléchis avec l'IA, pas quel prompt j'utilise pour écrire un email. La prochaine fois, je partirai du problème, pas de l'outil.
Ce qui a été difficile
La régularité
Un article par mois, ça paraît raisonnable. En pratique, il y a eu des mois où je n'avais pas envie. Où je ne savais pas quoi écrire. Où le syndrome de l'imposteur frappait — "qui suis-je pour donner des conseils ?"
Le mois de mars a été le pire. J'étais en plein développement de Kala, les jours filaient, et l'article sur "Construire un MVP avec Claude" ne venait pas. J'ai fini par l'écrire le dernier week-end du mois, en mode sprint. C'est un des meilleurs articles. La pression de la deadline, parfois, ça aide.
Trouver le ton
Au début, j'hésitais entre trois registres : le tutoriel technique, le témoignage personnel, et l'analyse business. Les premiers drafts étaient un mélange maladroit des trois. Trop technique par moments, trop introspectif à d'autres, pas assez structuré.
Le ton s'est trouvé vers le troisième article. Un ton direct, personnel, sans jargon marketing. Des histoires concrètes. Des chiffres quand c'est utile. Des opinions assumées. Pas de formules creuses du type "dans un monde en constante évolution" ou "l'agilité est la clé du succès". Des faits, des erreurs, des leçons.
L'honnêteté
Écrire sur ses échecs est plus difficile que d'écrire sur ses succès. L'article Babines m'a demandé trois versions avant de trouver le bon niveau d'honnêteté. Trop peu, et ça sonne creux. Trop, et ça tourne au journal intime.
La règle que j'ai fini par adopter : être honnête sur les faits et les décisions, garder une distance sur les émotions. "J'ai arrêté Babines parce que l'infrastructure ne scalait pas" — c'est un fait. "J'étais épuisé et je pleurais dans ma cuisine" — c'est de l'émotion que je garde pour moi.
Ce que j'aurais fait différemment
Publier le premier article plus tôt
J'ai passé trois semaines à peaufiner le premier article. Trop long. Le premier article n'a pas besoin d'être parfait — il doit juste exister. La qualité vient avec la pratique. Si c'était à refaire, je publierais le brouillon en une semaine et j'itérerais après.
Intégrer plus de données chiffrées
Les articles les plus percutants sont ceux avec des chiffres concrets. "23 inscriptions via les affiches QR code en un mois." "CPC de 0,80 € vs 2,50 € en métropole." "60 % de temps gagné avec Claude." Les lecteurs retiennent les chiffres, pas les adjectifs.
J'aurais dû collecter et intégrer plus de données dès le premier article. Pour les prochains, je le ferai systématiquement.
Parler plus des utilisateurs
Trop d'articles sont centrés sur moi — mes décisions, mes outils, mon process. Les articles qui résonnent le plus sont ceux qui parlent des utilisateurs : les propriétaires de chiens, les randonneurs, les gérants de gîtes. Ce sont eux qui rendent les histoires universelles.
Ce qui vient
Le format évolue
Un article de fond par mois, c'est lourd. Pour la suite, je veux mixer les formats :
- Un article long par trimestre — le format actuel, 2000-3000 mots, un sujet de fond
- Des notes courtes bi-mensuelles — 300-500 mots, un retour terrain, une décision prise, un chiffre commenté
- Des mises à jour projets mensuelles — où en est Kala ? MafateRésa ? Zinfluence ? Des bullet points, pas des dissertations
Ce format plus flexible me permettra de publier quand j'ai quelque chose à dire, pas quand le calendrier l'impose.
Les sujets à explorer
Certains sujets n'ont pas trouvé leur place dans cette première année :
- Le freelance à La Réunion — comment je structure mon activité entre le consulting growth marketing et mes propres projets
- Le financement — bootstrap vs levée, sur un marché insulaire, quand les investisseurs sont à 10 000 km
- La santé mentale du solopreneur — gérer la charge cognitive de 4 projets, l'isolement, les doutes
- Les communautés — comment je trouve des pairs quand il n'y a pas de meetup startup tous les jeudis soir
Ces sujets viendront. Quand ils seront mûrs. Pas avant.
L'objectif réel
Ce blog n'a jamais été un canal d'acquisition. Il ne génère pas de leads pour mes projets. Il ne monétise rien. Il ne vise pas la première page de Google.
L'objectif est plus simple et plus ambitieux : laisser une trace. Documenter un parcours de builder indépendant à La Réunion, avec ses contraintes spécifiques, ses opportunités uniques, et ses galères universelles. Pour que dans cinq ans, quand un freelance réunionnais se demandera "est-ce que c'est possible de construire des produits web ici ?", il tombe sur ces articles et se dise "oui, c'est possible".
C'est tout. C'est suffisant.
Le conseil
Si tu hésites à documenter ce que tu fais : commence. Un article par mois, sur ce que tu sais. Pas sur ce que tu penses qu'on attend de toi. Pas sur les sujets tendance. Sur ce que tu vis, ce que tu apprends, ce que tu regrettes.
L'écriture n'est pas un exercice de communication. C'est un exercice de pensée. Et la pensée claire, c'est le meilleur outil qu'un builder puisse avoir.
Merci d'avoir lu cette année de carnet. La suite arrive.